Histoire de la langue japonaise : du Kojiki aux kana et aux kanji

Le japonais a des écrits depuis le VIIIe siècle, et sa grammaire est restée remarquablement stable depuis : un lecteur moderne un peu formé peut encore goûter des poèmes des années 700. Sept moments ont façonné la langue que vous apprendrez — et expliquent pourquoi elle utilise trois écritures à la fois. Les faits viennent de la Britannica et de l’Agence japonaise des affaires culturelles.

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Le manuscrit Amagasaki du Man’yōshū, l’anthologie poétique du VIIIe siècle (université de Kyoto)
Photo: Heian-period calligrapher (Kyoto University), Public domain, redimensionnée.

1. Le japonique, une petite famille à part

Le japonais et les langues ryukyu — amami, okinawaïen, miyako, yaeyama et yonaguni — et peut-être le hachijō forment la famille japonique. La plupart des linguistes pensent qu’elle est apparue au Japon à l’époque Yayoi (vers 300 av. J.-C.–250 apr. J.-C.). Des liens avec le coréen, avec les langues dites altaïques ou avec l’austronésien ont été proposés, sans qu’aucun ne fasse l’accord (Britannica). La carte des dialectes actuels est dans Où parle-t-on japonais ?

2. L’écriture chinoise arrive

Quelques mots chinois sont sans doute arrivés au Japon dès le Ier siècle de notre ère, mais l’introduction systématique date d’environ 400, quand des lettrés coréens apportèrent des livres chinois au Japon (Britannica). Le Japon n’avait pas d’écriture : il adopta les caractères — la même écriture dont l’histoire est racontée dans Histoire de la langue chinoise.

3. Le Kojiki et le Man’yōshū

Les écrits en japonais datent du VIIIe siècle ; le plus ancien est le Kojiki (712), dont la préface est rédigée en caractères chinois avec la grammaire du chinois classique. Une cinquantaine d’années plus tard, au temps du Man’yōshū — l’anthologie de poésie japonaise compilée après 759, montrée en haut de cette page —, les scribes utilisaient le son des caractères pour écrire des mots japonais : yama « montagne » avec un caractère lu ya et un autre lu ma. On appelle cet usage man’yō-gana (Britannica).

4. Les kana, deux écritures nées des caractères

Deux écritures syllabiques sont nées des man’yō-gana. Les katakana, anguleux, viennent de caractères abrégés ; les hiragana, arrondis, d’une écriture cursive simplifiée. Les kana furent adoptés par des femmes de lettres, et le Dit du Genji de Murasaki Shikibu (XIe siècle) — que beaucoup tiennent pour le chef-d’œuvre de la littérature japonaise — est écrit presque entièrement en hiragana (Britannica).

D’où viennent les hiragana : chaque kana à côté du caractère chinois cursif dont il est issu
D’où viennent les hiragana : chaque kana à côté du caractère chinois cursif dont il est issu. Photo: 合略仮名, CC0, redimensionnée.

Les kana ont aussi donné deux lectures à chaque caractère : la lecture sino-japonaise on-yomi et la lecture japonaise kun-yomi — 山 « montagne » se lit san dans l’une et yama dans l’autre (Britannica). Aujourd’hui, les kanji écrivent les mots pleins, les hiragana les particules et les terminaisons, et les katakana surtout les emprunts — voir comment ils s’articulent dans Grammaire japonaise : les bases.

5. Japonais ancien, moyen et moderne

Les 1 200 ans de japonais écrit se divisent d’ordinaire en japonais ancien (jusqu’au VIIIe siècle), ancien tardif (IXe–XIe), moyen (XIIe–XVIe), prémoderne (XVIIe–XVIIIe) et moderne (depuis le XIXe siècle). L’un des changements est le passage de p à h : l’okinawaïen dit encore pi « feu » et pana « fleur » là où Tokyo dit hi et hana (Britannica).

6. Des mots venus du Portugal, des Pays-Bas et de l’anglais

Les missionnaires et marchands portugais, espagnols et néerlandais du XVIe siècle ont laissé des mots toujours employés : pan « pain » (portugais pão), tabako, tenpura (portugais tempero) et biiru « bière » (néerlandais bier). Aujourd’hui, un peu plus de 80 % des emprunts étrangers viennent de l’anglais, et un peu plus de la moitié de tout le vocabulaire est sino-japonais (Britannica) — d’autres raisons dans Pourquoi apprendre le japonais ?

7. Une norme et une liste de kanji

Une langue écrite normalisée est venue avec l’instruction obligatoire, instaurée en 1886, et la « langue commune » nationale, kyōtsū-go, repose sur le dialecte de Tokyo (Britannica). L’État a limité les kanji d’usage courant : 1 850 caractères en 1946, 1 945 dans la liste Jōyō kanji de 1981 (Britannica), et depuis un avis du Cabinet du 30 novembre 2010 la liste compte 2 136 caractères (Agence des affaires culturelles). On les apprend mieux par petites étapes quotidiennes — 16 mots par jour.

DateÉvénement
vers 300 av. J.-C.–250Le japonique apparaît au Japon (époque Yayoi), selon la plupart des linguistes
vers 400Livres chinois introduits systématiquement par des lettrés coréens
712Kojiki, le plus ancien écrit en japonais
après 759Compilation du Man’yōshū ; man’yō-gana
vers 1010Le Dit du Genji, presque entièrement en hiragana
XVIe siècleEmprunts portugais et néerlandais : pan, tenpura, biiru
1886L’instruction obligatoire diffuse une langue écrite normalisée
1946 / 1981 / 2010Listes officielles de kanji : 1 850 / 1 945 / 2 136 caractères

Ce que cette histoire change pour vous : apprenez d’abord les hiragana et les katakana, puis les kanji avec les mots qui les emploient, chacun avec sa lecture. Commencez à votre niveau avec le test de niveau de japonais gratuit ; les verbes sont expliqués dans Les temps en japonais.

Apprenez les mots japonais avec leur son

16Word vous donne 16 mots par jour avec l’audio, le rappel actif, la répétition espacée et une courte partie de Blocks entre les réponses — environ cinq minutes, gratuit pour commencer.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Depuis quand écrit-on le japonais ?

Les écrits datent du VIIIe siècle ; le plus ancien est le Kojiki, de 712.

D’où viennent les hiragana et les katakana ?

Tous deux sont nés des man’yō-gana, des caractères chinois utilisés pour leur son. Les katakana viennent de caractères abrégés, les hiragana d’une écriture cursive simplifiée.

Le japonais est-il apparenté au chinois ?

Pas par la famille : le japonais appartient à la famille japonique. Il a emprunté l’écriture chinoise et beaucoup de mots — un peu plus de la moitié de son vocabulaire est sino-japonais.

Combien de kanji sont d’usage courant ?

La liste officielle japonaise des caractères d’usage courant, du 30 novembre 2010, compte 2 136 kanji.

Pourquoi le japonais a-t-il des mots portugais ?

Des missionnaires et marchands portugais, espagnols et néerlandais sont arrivés au XVIe siècle ; des mots comme pan (pain) et tenpura datent de cette époque.

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Sources officielles

Pour aller plus loin